ERNEST PIGNON ERNEST

Une contribution vitale à la pensée du XXIème siècle

 

Ernest Pignon-Ernest : “Le dessin affirme la pensée 
et la main, il affirme l’humain” 

Humanité des Débats
24 Janvier, 2014

ENTRETIEN. La prison Saint-Paul à Lyon est le dernier lieu de son intervention entre des murs qui ont retenu la souffrance. Retour sur le parcours d’un artiste singulier, dont les interventions in situ ont toujours fait date, qu’il s’agisse de Charonne, des murs de Naples ou des Extases mystiques, à l’occasion d’une exposition à la galerie Lelong à Paris de ses dessins et photos. 

Ernest Pignon-Ernest, on connaît 
vos dessins, pourtant, vous n’êtes 
pas au sens strict, un dessinateur.

Ernest Pignon-Ernest. Les dessins sont essentiels dans mon travail mais ils sont comme un outil. Si on peut parler d’œuvre, l’œuvre, c’est ce que provoque l’insertion du dessin dans la réalité. Quand je choisis les murs de la prison Saint-Paul à Lyon, les escaliers de Montmartre ou du métro Charonne, mon travail tient plus du ready-made au sens où Duchamp l’a inventé que de la figuration. C’est le lieu et le moment que je propose, le dessin, c’est révéler en quelque sorte la réalité du lieu.C’est le fruit d’une réflexion qui veut prendre en compte tout ce qui ne se voit pas d’emblée mais qui est là, l’espace, la lumière, la texture du mur. C’est, en même temps, tout ce qui appartient à l’histoire, à la mémoire, aux traces. Avec des photos, ça ne marcherait pas. Parfois des gens disent que c’est du dessin académique, mais ce n’est pas la question. Le dessin doit répondre aux contraintes qu’implique cette relation avec la réalité. Il faut que j’aie assez d’effets de réel. Du strict point de vue du dessin, moi je préfère un dessin de Francis Bacon à un dessin réaliste, mais si je colle un dessin de Bacon sur un mur…

 

Oui, ce sera un dessin…

Ernest Pignon-Ernest. Un dessin exposé dans la rue. Moi, je n’expose pas des dessins dans la rue, je provoque quelque chose dans la rue. D’ailleurs, ça m’énerve vraiment si on me dit que j’expose des dessins dans la rue.

Je comprends que ça énerve. Mais, 
malgré tout, pourquoi avez-vous fait 
au départ le choix du dessin ?

Ernest Pignon-Ernest. Mais parce qu’il n’y a que le dessin qui permet cela et surtout par les temps qui courent. Nous sommes envahis, notre champ visuel est envahi par des images de toutes sortes, mouvantes, colorées, qui changent toutes les trois secondes, qui ne sont pas fiables, qui sont d’une certaine façon des escroqueries visuelles. Je disais à quelqu’un l’autre jour, au fond, le dessin, c’est un choix éthique. Je pense en effet que le dessin affirme la pensée et la main, en quelque sorte il affirme l’humain. On peut penser à l’empreinte de la main dans les grottes préhistoriques. Quand j’interviens dans un lieu, j’inscris dans le lieu un signe d’humanité. C’est un peu théorique dit comme ça, mais dans le travail lui-même, il n’y a qu’avec le dessin que j’arrive à produire suffisamment d’effets de réel pour qu’ils entrent en relation encore une fois avec le lieu.

Mais, précisément, est-ce qu’il n’y a pas dans votre travail, depuis disons trente ans, une évolution dans ce rapport au lieu. Si on prend par exemple le Rimbaud que vous avez fait à une période, il me semble que c’était plus faire entrer Rimbaud dans la ville, il y vagabondait, que révéler la ville.

Ernest Pignon-Ernest. En même temps, il faisait regarder le lieu différemment.

C’est vrai…

Ernest Pignon-Ernest. Là où j’avais collé, il y avait chaque fois un petit truc. Un slogan sur le mur, une trace encore, un autre signe humain qui se chargeait de sens et qui renvoyait au passage à la fulgurance de Rimbaud, à l’image de la jeunesse, à la fragilité même de Rimbaud. Un jour, j’ai dit à quelqu’un, ce qu’il y a de plus rimbaldien dans mon Rimbaud, c’est que c’est du papier et que cela va disparaître.

D’ailleurs, j’en avais un et il a disparu !

Ernest Pignon-Ernest. Je pense là à un artiste de l’art minimal, de l’arte povera, Anselmo Palermo, qui a fait cette sculpture assez connue avec une salade fraîche posée sur un bloc de marbre. Voila, je dessine ça, une main, toute fragile, imprimée sur du papier journal et dont on sait donc que ça ne durera pas. Bon ces images-là, j’en ai collé des dizaines, à Naples, dans des rues dont les dalles sont faites avec de la lave du Vésuve et qui sont là depuis trois siècles. Je sais que je vais coller ça et que, devant, il y a 30 mètres carrés de lave qui renvoient aussi à l’histoire, à la mort…

Du coup, ce n’est pas du tout loin de la conception du travail in situ de Daniel Buren par exemple, alors que vous pouvez sembler 
aux antipodes.

Ernest Pignon-Ernest. Absolument. Moi, c’est de cela dont je suis le plus proche. Ça peut surprendre, mais une fois on nous avait invités tous les deux, persuadés qu’on allait se rentrer dedans. Mais pas du tout. Moi, j’interviens dans un lieu, plastiquement, comme il le fait avec ses rayures, mais la différence, car il y en a bien une, c’est que je travaille aussi avec l’histoire dans le lieu.

Et même plus largement, votre travail intervient aussi dans un espace social et politique…

Ernest Pignon-Ernest. Oui, ou Maurice Audin sur les murs d’Alger.

C’est moins vrai avec les Extases, où vous avez, comment dire, mis en scène, les grandes figures mystiques de sainte Thérèse d’Avila, Hildegarde de Bingen, Catherine de Sienne…

Ernest Pignon-Ernest. Oui, mais, chaque fois, j’ai choisi le lieu. Je les ai toujours installées, comme à Saint-Denis ou à Lille, dans des lieux chargés de spiritualité. Au fond, avec les Extases, c’est même plus clair. Par exemple, si on revient sur l’idée du ready-made, je prends ce tabouret et je le mets dans un musée. C’est à la fois le tabouret et le signe du tabouret. Moi, je prends une image et je la mets dans un lieu. Le lieu devient comme un lieu représenté. La présence de mon image fait que le lieu devient aussi le signe du lieu. C’est la présence de mon image qui est comme l’équivalent du passage au musée. C’est un peu schématique, mais on comprend bien que ce que je propose, ce n’est pas mon bonhomme, ce que je propose, c’est bien le lieu et sa mémoire.

Qu’est-ce qui déclenche, à un moment donné, votre désir de faire ceci ou cela, comme à Saint-Paul, puisque c’est ce que vous venez de faire de plus récent.

 Ernest Pignon-Ernest. J’étais allé dans la prison quand il y avait encore des détenus à l’intérieur alors qu’elle est maintenant désaffectée. Il y avait un atelier de dessin et de peinture et certains de ceux qui avaient vu mon travail avaient demandé s’ils pouvaient m’inviter. J’avais donc déjà un petit lien avec cette prison quand elle a été vidée; et un des animateurs qui avait fait le lien avec les détenus m’a dit : « Tu ne voudrais pas faire quelque chose avant qu’on la détruise ? » Je me suis donc baladé dans la prison. D’abord, quand tu es là, on sent cette charge de drame et de souffrance qui est comme inscrite dans les murs. Je marche et là, je vois une plaque par terre avec quatre noms et ces mots : « Tombés sous les balles nazies ». Je note les quatre noms et puis je cherche et je joins la nièce de l’un de ces hommes. Un dénommé Bertrand. On se voit, on discute et, au bout d’un moment, elle me dit : « Mais vous savez, ils ne sont pas tombés sous les balles nazies, ils ont été exécutés ici par la justice française d’alors. On a écrit ça à la Libération et nous luttons pour rétablir la vérité. » Après, nous parlons de Max Barel, je lui dis que j’avais travaillé au Patriote de Nice, qu’elle connaissait bien aussi. Bref, c’était Mireille Bertrand qui avait été au bureau politique du Parti communiste… Mais en fait, à partir de ça entre autres, je me suis dit que la mémoire s’effaçait vraiment et je me suis mis à réfléchir à tout ce qui avait pu se passer dans ces murs, avec les politiques comme Marc Bloch ou Berty Albrecht qui fut par la suite décapitée à la hache, avec les droits communs. C’est une prison où il y a eu beaucoup de suicides. Alors, en pensant aussi à tous ces objets, chiffons, plastiques accrochés dans les barbelés, ces étranges décors que l’on ne trouve que dans les prisons qui sont comme autant de messages de souffrance ou d’adieu, je suis parti aussi sur l’idée de corps recouverts par des linceuls… Dans mon travail, c’est vrai aussi pour Maurice Audin, pour Mahmoud Darwich, je fais toujours mes dessins avec une sorte de neutralité parce que je voudrais qu’ils soient comme des empreintes. Je voudrais qu’on se dise, il a été là et il n’est plus là. L’empreinte, c’est à la fois la présence et l’absence comme avec Audin donc, avec Darwich à travers la Palestine. Pour moi, l’empreinte, c’est aussi comme la Véronique avec le visage du Christ ou le suaire de Turin. Mais attention, je ne veux pas faire de trompe-l’œil. Je suis dans le noir et blanc. Je dis c’est une image. Il faut qu’il y ait assez de distance, comme au théâtre, pour qu’on dise ce n’est qu’une image, mais il faut aussi qu’elle produise un effet de réel. C’est sur le fil.

Oui, si vous colliez une image hyperréaliste, bien faite, elle serait banalisée. Ce n’est pas 
du tout pareil.

Ernest Pignon-Ernest. En fait ce que je colle, c’est un signe. Je dirais que c’est l’image d’une image.

Vous dites là un peu comme Picasso. Vos dessins sont des signes, pas une représentation…

Ernest Pignon-Ernest. Dans une interview, je dis, paraphrasant un peu Klee, que je ne cherche pas à représenter, je cherche à rendre présent. Alors c’est vrai que ma démarche a souvent été mal comprise. En fait, elle est contextuelle et conceptuelle.

Vous vous autorisez un peu le beurre et l’argent du beurre en étant complètement dans la modernité si l’on peut dire, en étant conceptuel donc, mais en gardant tout de même le plaisir du dessin, car c’est bien un plaisir non, un travail et un plaisir… Ce qui n’est pas le cas de nombre d’artistes contemporains.

Ernest Pignon-Ernest. Parmi ceux-ci, il y en a que je connais bien, qui sont des amis, des gens de l’art minimal, de supports-surfaces… Les réflexions ont souvent été intéressantes et passionnées, mais bon faire le même carré pendant toute une vie, pour prendre un exemple extrême que nous connaissons, ce n’est pas pour moi, je dirais même que je trouve ça un peu con. Je ne parle pas pour le coup de Buren, avec lui, il s’agit d’autre chose et nous en avons parlé. En fait, c’est plutôt de Boltanski que je me trouve proche en un certain sens, comme avec ce qu’il avait fait au Grand Palais avec ses entassements de vêtements qui étaient aussi comme des signes de vêtements et semblaient désigner des lieux, les révéler là aussi.

Cela dit, un des paradoxes de votre travail c’est que, quand vous exposez dans une galerie, les gens achètent bien les dessins pour des dessins.

Ernest Pignon-Ernest. Oui, mais je joins toujours une photo du lieu. Alors je sais bien qu’il y en a qui jettent la photo ou la rangent dans un placard pour ne garder que le dessin. Il y en a à qui je dis, achetez plutôt un livre sur mon travail qu’un dessin, vous serez plus proche de ce que je fais.

 

En fait, votre travail a toujours une dimension politique et philosophique. C’est l’humain qui est en question.

Ernest Pignon-Ernest. En effet, je ne vois pas comment on peut faire de l’art sans cela. De ce point de vue, il y a beaucoup de choses dans l’art contemporain au sujet desquelles je me dis, mais pourquoi il a fait ça ? En même temps, je m’inscris complètement contre une lecture politique réductrice de mon travail. Je ne crée pas de slogans, je ne porte pas un discours. Un peu à mes débuts, j’avais été invité au salon Jeune Peinture après mon travail sur la Commune. À l’époque, nombre de peintres dans le coup étaient militants, souvent maoïstes. Quand je leur avais dit que j’étais au Parti communiste, ils avaient même cru que c’était une blague. Le thème du salon, c’était le travail, alors ils faisaient des ouvriers avec des drapeaux rouges et tout ça. On avait le Grand Palais pour douze jours. Moi, je me suis dit douze jours. J’ai mis sur les murs des dessins grandeur nature du nombre de mecs qui allaient mourir au travail dans les douze jours. J’ai toujours travaillé grandeur nature parce que je pense que plus grand, c’est stalinien ou publicitaire. Et chaque jour qui passait, je barrais des corps. En fait, c’est comme si j’avais introduit le temps dans l’œuvre, en tout cas, j’avais pris consciemment le temps comme sujet. Ce n’était pas une représentation d’ouvriers. La proposition n’était pas dans le dessin et, comme l’expo était courte, c’était utiliser la brièveté aussi pour qu’apparaisse l’ampleur du massacre. Je tiens à cette histoire parce que c’est un peu la base de mon travail.

Faire parler les pierres. «Mais où retrouver à présent les traces presque effacées de l’ancien crime», écrit, en citant Sophocle, le réalisateur et écrivain Gérard Mordillat à propos de la dernière intervention, en date, d’Ernest Pignon-Ernest dans la prison Saint-Paul de Lyon. Ces mots pourraient au fond s’appliquer pratiquement à toute son œuvre, depuis son entrée en scène dans les années 1970, non sans éclats, en faisant parler les murs et les villes. À Nice, qui célèbre en 1974 son jumelage avec Le Cap, quand l’Afrique du Sud est encore soumise à l’apartheid, il invente de son propre chef de coller dans la ville des affiches représentant une famille noire derrière des barbelés ; sur les escaliers de Montmartre ou du métro Charonne en 1971, il avait déjà collé des gisants de la Commune et de la manifestation de février 1962. Né en 1942 à Nice, Ernest Pignon-Ernest, s’il récuse toute vision réductrice d’un art militant, ne fait pas mystère d’un choix communiste qui n’a jamais pesé sur son ouverture au dialogue et à la pensée en mouvement. 
Il a succédé à Edmonde Charles-Roux à la présidence 
de la société des Amis de l’Humanité.

Les travaux récents d’Ernest-Pignon-Ernest sont visibles à la Galerie Lelong, 13 rue de Téhéran à Paris (8e) jusqu’au 30 mars et à la Maison des Arts de Malakoff (Hauts-de-Seine) jusqu’au 30 mars également.

Ernest Pignon-Ernest fait le mur et il partage par Pierre-Louis basse

Edmonde Charles-Roux transmet le témoin à Ernest Pignon-Ernest

Entretien réalisé par Maurice Ulrich

 

 
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RÉSILIENCE SECONDAIRE, quelle thérapie pour le Valais

Bis Repetita.

1976
-) À la Croix-de-Coeur, Franz Weber et Rodolphe Tissières s’écharpent au sujet de l’altiport de Verbier.
-) Maurice Chappaz publie LES MAQUEREAUX DES CIMES BLANCHES.
-) Dans la forêt de Sapinhaut en Valais se tient la dernière édition d’un festival qui mêle musique pop et débats socio-politiques.

2013
Non, non, rien n’a changé, tout est à recommencer.
Développement économique à tout prix ou respect de la nature, les enjeux ont peu évolué en Valais

Où est la résilience de ce pays ?

La résilience est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l’événement traumatique pour ne plus vivre dans la dépression et se reconstruire. La résilience serait rendue possible grâce à la structuration précoce de la personnalité, par des expériences constructives de l’enfance (avant la confrontation avec des faits potentiellement traumatisants) et parfois par la réflexion, ou la parole, plus rarement par l’encadrement médical d’une thérapie.

Petit Vallon de Martigny-Combe

Petit Vallon de Martigny-Combe

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Suisses et étrangers tous d’accord de lutter contre les tziganes !!! Pas de frontières pour la haine raciale !!!

Voilà mille ans que les Roms, ou Tsiganes, Gitans… arpentent le continent européen. Après 500 ans de ségrégation et de persécutions variables, y a-t-il vraiment une place pour les Roms dans nos sociétés où tout se planifie et se réglemente?

Un temps, la construction européenne a suscité tous les espoirs de ces Européens par excellence. Ainsi, une série de résolutions fort libérales a été prise concernant l’éducation, l’assistance et la circulation. Allaient-ils pouvoir s’affirmer pleinement dans leur culture singulière? L’ouverture des frontières allait-elle être le symbole d’une légitimité accordée à leur mode de vie différent?

En 1990, la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe a reconnu les problèmes spécifiques des Roms. Les Etats participants ont condamné clairement “le totalitarisme, la haine raciale et ethnique”. Malgré cela, depuis 1991, le retour d’une “question tsigane” dans les pays d’Europe centrale et orientale a été amplifié par les mouvements de réfugiés vers l’Allemagne. Alors que le mouvement national rom se cherche encore, ses leaders sont confrontés à des choix cornéliens. La tentation est grande de réclamer un statut de minorité transnationale qui permettrait d’échapper à la discrimination juridique et sociale actuelle. Mais, un tel statut ne risque-t-il pas de donner corps aux réclamations d’expulsions de masses professées par les nationalistes de tous poils?

Fuyant leur pays, les Roms d’Europe de l’Est les plus démunis vivent dans des conditions si indignes, notamment en France, que, malgré le désir qu’ils en ont, leur intégration devient un rêve inaccessible. La Roumanie et la Bulgarie ont été admises dans l’Union européenne en 2007 mais des mesures dites “transitoires” accompagnent le traité d’adhésion. Ces mesures, facultatives mais appliquées de façon stricte par la France, leur interdisent pratiquement l’accès à l’emploi (taxe pour l’employeur abrogée : liste de métiers spécifiques, dits “sous tension”). Leur séjour légal est limité à 3 mois. Il devient illégal en l’absence d’emploi ou de ressources suffisantes passé ce délai.Ils sont fréquemment victimes d’expulsions forcées de leurs campements et de reconduites à la frontière. La scolarisation des enfants est pratiquement impossible dans ces conditions de précarité.Ils sont stigmatisés par les autorités et sont les victimes de comportements voire de violences racistes, quand on leur reproche leurs conditions de vie et leur grande pauvreté tout comme leur origine ethnique. Pendant l’été 2010, ils se sont retrouvés la cible d’une politique de « lutte contre les campements illicites » et la destruction de campements, entreprise depuis plusieurs années, s’est poursuivie à grand renfort de publicité.

En Valais, les événements de juillet dernier à Collombey-Muraz, où des gens du voyage avaient occupé illégalement un terrain pendant une semaine, ne resteront pas sans suite politique. Dans la crainte qu’un tel épisode ne se reproduise, le nouveau conseiller d’Etat en charge de la sécurité, Oskar Freysinger, a en effet décidé d’agir rapidement. Le Valais se dote ainsi d’un plan urgent en cas d’occupation illégale d’un terrain. Objectif: encadrer l’éventuel lésé dans ses démarches et garantir le paiement des frais engagés par la police en séquestrant, cas échéant, des véhicules du convoi.

Ce plan d’action d’urgence a été présenté ce vendredi à la presse. Il palliera l’absence de législation cantonale sur le stationnement et le transit des gens du voyage et se veut aussi une réponse, dans l’attente de la création de 2 places d’accueil officielles supplémentaires en Valais, le canton qui n’en compte pour l’heure qu’une à Martigny.
La procédure d’urgence s’appuie notamment sur la clause générale de police, a indiqué Oskar Freysinger, nouveau chef du département valaisan de la sécurité. Il s’agit d’un principe constitutionnel qui permet à l’autorité d’intervenir sans base légale pour prévenir une atteinte à l’ordre public.

INVISIBLE TZIGANE

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L’art contre l’injustice et l’oppression

L’art est politique sans le vouloir, dès qu’il se veut politique, il ne produit que de la propagande Laurent Cordelier

L’art est avant tout un combat politique. Frédéric Vignale

En écoutant une interview de Valentin Carron qui représente la Suisse à la Biennale de Venise, dans l’émission Forum sur la RTS le 28.5.13, je me suis interrogé sur la question de l’art et la politique.

Extrait de l’interview :
« Je trouve que l’art c’est tellement extraordinaire que ça doit être un petit peu au-dessus de ces considérations bassement politique, par exemple Gustave Courbet était beaucoup plus élégant, moins direct. Il n’y avait pas de revendications directes, des revendications plus camouflées, plus cachées. Mais Freysinger n’est pas à la culture finalement, peut-être que Versus a réussi son coup. »

Je m’interroge. L’art est-il au-dessus de la politique et que viens faire Courbet dans cette aventure. Petite recherche sur ce peintre (cf note) qui n’éclaire pas vraiment les propos tenus par l’artiste. Et qu’aurait fait Gustave Courbet face à Oskar Freysinger.

Par un des hasards du calendrier, je découvre l’exposition Jean-Jacques Lebel au MAMCO de Genève. Les œuvres exposées montrent la philosophie de l’artiste : tenir l’art pour un mode de résistance face aux oppressions. Il fait référence à deux mentors André Breton et Marcel Duchamp. J’ai trouvé une réponse. Elle correspond surement à ma génération et à la prochaine.

Et, je cherche toujours à comprendre la position de Valentin Carron et son discours. Mais, j’ai aucun doute sur ma position, l’art doit combattre l’injustice et l’oppression.

Cliquer sur le titre ci-dessous pour lire l’article du journal Le Monde sur l’exposition de Jean-Jacques Lebel au MAMCO de Genève.

L’insoutenable labyrinthe de Lebel

Note : Gustave Courbet, né le 10 juin 1819 à Ornans, près de Besançon (Doubs), est mort le 31 décembre 1877 à La Tour-de-Peilz en Suisse. Il a refusé « un art à pommade», revendiquant une liberté intellectuelle et artistique et n’hésitant pas à s’engager dans des actions politiques tel la Commune de Paris. Sa vie est jalonnée de coups d’éclat : participation aux journées révolutionnaires de 1848, correspondance avec Proudhon, refus de la Légion d’honneur. Ses partis pris contre les régimes monarchiste et napoléonien se reflètent dans ses positionnements tranchés faces aux règles artistiques convenues et académiques.

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Communication impossible a publié Oskar Freysinger

La collection COMMUNICATION IMPOSSIBLE peut-être consultée à la Médiathèque Valais. Notre projet était de jeter un pont entre différents courants de pensées, sans censure, sans jugement. Aujourd’hui, au vu de l’actualité nous vous proposons de prendre connaissance du n°3 LA FONTAINE DES FABLES d’Oscar Freysinger.

Auteur Freysinger, Oskar, 1960-
Titre La fontaine des fables / Oskar Freysinger
Lieu / Date Aven : Ed. P. A. Thiebaud , [1986]
Collection Communication impossible
Collation
[16] p. ; 21 cm
Cote : BCV N 1876/3

Cliquer ici :
La fontaine des fables

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VerSus me rajeunit

En lisant les textes de qualité que publie le blog VerSus 13, je fais un retour en arrière.

1997, un petit livre de 65 pages qui regroupe des interventions de l’écrivain Adolf Muschg dans les journaux et à la radio fait scandale. Son titre “Cinq discours d’un Suisse à sa nation qui n’en est pas une”.

Auschwitz n’est pas en Suisse. c’est Monsieur Delamuraz qui la dit. Encore président de la Confédération, il protestait contre l’exigence formulée à l’adresse de notre pays : qu’il prenne sa part de responsabilité à l’égard des victimes d’Auschwitz… A. Muschg

Ce livre remet en cause le mythe d’une Helvétie peuplée de juste.

Christophe Blocher désigna Muschg comme l’ennemi intérieur du pays. Les esprits s’échauffèrent.

On pourrait parler de littérature de la colère, mais c’est de fraternité qu’il s’agit. Les publications de Versus13 seront la référence et la mémoire de nos enfants.

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COMMUNICATION IMPOSSIBLE

En 1984, j’ai créé une petite publication COMMUNICATION IMPOSSIBLE qui édite jusqu’en 1989, les textes de jeunes artistes, détenus ou de toxicomanes.
« L’idée était partie de l’envie de donner la parole à des détenus, puis de mêler la parole de la marge à celle d’auteur plus autorisés puis de faire partager l’expression des jeunes de tout milieu sur une expérience forte, dans l’espoir de transmettre au final la passion de la vie. » Cinquante numéros sont publiés.
J’étais alors responsable du Centre Contact de Sion qui dépendait de la Ligue Valaisanne contre les Toxicomanies où sur le modèle de Free clinics américaines ou Drop in, lieu à vocation psychosocial et contre culture, nous accueillons un galerie d’art, un artisan du cuir et l’atelier d’un astrologue. Nous étions Ghislaine, Laurent et moi, une formidable équipe, complémentaire, ludique et motivée.
Dans un contexte difficile, nous avions réussi à tisser un pont entre les mondes étanches qui par à coup communiquait.
Et puis, premier nuage, en 1987 est apparu le SIDA dans nos régions. Puis rapidement les premiers décès.
Des propos contenus depuis longtemps ont éclaté sur la place publique.
“L’EPIDEMIE DE SIDA EST UNE FORME DE JUSTICE IMMANENTE”.
Une époque se terminait.

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